Condition n°22
Visualiser son Chaykh lors de la pratique des oraisons.
(والثاني والعشرون : لمن قدر عليه، استحضار صورة القدوة بين يديه)
Parmi les conditions importantes de la pratique des oraisons dans la Tarîqah Tijâniyyah figure le fait de visualiser son Chaykh lors du dhikr, comme s’il se tenait devant lui. La réalisation de la présente condition permet l’obtention de la concentration extérieure.
Cette condition constitue un moyen pédagogique et spirituel destiné à établir la concentration extérieure, préalable indispensable à la concentration intérieure.
Concentration extérieure et concentration intérieure.
On distingue deux niveaux de concentration dans l’évocation d’Allah :
- la concentration extérieure : posture, discipline, recueillement, immobilité ;
- la concentration intérieure : présence du cœur, conscience.
La réalisation de cette condition vise d’abord l’obtention de la concentration extérieure, car celle-ci prépare et facilite l’accès à la concentration intérieure.
En effet, chacun constate qu’en présence de son Chaykh, le disciple adopte naturellement :
- une attitude respectueuse,
- une retenue du corps et de la parole,
- un recueillement plus intense.
Il n’existe pratiquement aucun moment où le disciple est plus attentif et discipliné que lorsqu’il se trouve devant son Chaykh.
Le dhikr : un entretien qui exige la plus grande politesse.
Le moment du dhikr est un moment où l’orant :
- appelle Allah,
- s’adresse à Lui,
- se tient symboliquement en Sa Présence.
Allah سبحانه وتعالى dit :
وَاذْكُر رَّبَّكَ فِي نَفْسِكَ تَضَرُّعًا وَخِيفَةً
« Invoque ton Seigneur en toi-même, avec humilité et crainte. »
(Sourate al-A‘râf, v. 205)
Cet entretien divin requiert plus que tout autre moment :
- l’abandon des distractions,
- la maîtrise des sens,
- la présence.
Or, visualiser le Chaykh tel qu’on le perçoit en sa présence réelle permet d’instaurer cette politesse extérieure (adab zâhir) nécessaire à l’évocation.
Le rôle pédagogique de la visualisation du Chaykh.
Lorsque le disciple visualise son Chaykh en face de lui :
- il garde les yeux fermés,
- la tête baissée,
- le corps immobile,
- l’esprit détaché des bruits et de l’environnement.
Le Chaykh devient alors un point de fixation qui empêche la dispersion et ramène le disciple à la gravité de l’instant.
Une condition qui couronne les règles extérieures du dhikr.
Cette condition est l’aboutissement naturel des règles précédentes, telles que :
- la purification,
- l’assise face à la qibla,
- le silence,
- la discipline corporelle.
Toutes ces règles convergent vers un seul objectif : préparer l’orant à se tenir avec respect dans l’évocation d’Allah. La visualisation du Chaykh agit ici comme un verrou protecteur, empêchant le relâchement et l’inattention.
Hiérarchie dans la visualisation.
Enfin, il est à noter qu’il est meilleur, pour celui à qui cela est possible :
- de visualiser Cheikh Ahmad At-Tijani رضي الله تعالى عنه,
- et encore meilleur de visualiser le Prophète Muhammad صلى الله عليه وسلم.
Conclusion
Visualiser son Chaykh lors du dhikr est un moyen éducatif puissant, destiné à établir la discipline extérieure, condition de la présence intérieure.
Cette pratique :
- protège de la distraction,
- installe l’adab,
- et prépare le cœur à l’évocation sincère d’Allah.
