Condition n°23
Se concentrer sur le sens des formules du dhikr pour celui qui les comprend.
(والثالث والعشرون : استحضار معاني ألفاظ الذكر)
Parmi les conditions essentielles de la pratique des oraisons dans la Tarîqah Tijâniyyah figure la nécessité, pour celui qui en a la capacité, de se concentrer sur le sens des paroles qu’il prononce lors du dhikr.
Cette condition ne vise pas à imposer une difficulté supplémentaire au disciple, mais à préserver la réalité vivante du rappel, afin que le dhikr ne devienne pas une simple récitation mécanique dénuée de présence intérieure.
Le dhikr n’est pas une récitation vide, mais une présence du cœur.
Allah سبحانه وتعالى dit dans le Coran :
وَاذْكُر رَّبَّكَ فِي نَفْسِكَ تَضَرُّعًا وَخِيفَةً
« Invoque ton Seigneur en toi-même, avec humilité et crainte. »
(Sourate al-A‘râf, v. 205)
Ce verset montre clairement que le dhikr attendu n’est pas seulement un mouvement de la langue, mais un acte intérieur, impliquant la conscience, l’humilité et la présence du cœur.
Lorsque le disciple comprend les formules qu’il récite, il lui est demandé de rassembler son cœur autour de leur sens, car le dhikr agit selon le degré de présence intérieure de celui qui s’en acquitte.
La compréhension renforce la sincérité et l’impact du dhikr.
Le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit :
« Il y a dans le corps un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain ; s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. C’est le cœur. »
(Hadith unanimement rapporté)
Lorsque le cœur est présent et conscient du sens des paroles, le dhikr :
- éclaire le cœur,
- apaise l’âme,
- rectifie l’intention,
- et rapproche réellement d’Allah.
À l’inverse, une récitation dénuée de compréhension, lorsque celle-ci est possible, peut devenir un voile subtil, car la langue agit alors sans que le cœur ne participe pleinement.
Le dhikr dans la Tarîqah Tijâniyyah : présence et adab.
La Tarîqah Tijâniyyah est une voie fondée sur la sobriété, la rectitude et la présence consciente.
Le but du dhikr n’y est pas la recherche d’états extraordinaires, mais l’établissement d’une relation sincère et stable avec Allah.
Ainsi, lorsque le disciple comprend les paroles qu’il prononce, qu’il s’agisse du Lâ ilâha illa Llâh, de la Salât al-Fâtih, ou des autres oraisons, il lui est demandé d’en évoquer le sens dans son cœur, ne serait-ce que de manière simple et globale.
Il ne s’agit pas d’analyser chaque mot en détail, mais de :
- savoir ce que l’on dit,
- à Qui l’on s’adresse,
- et pourquoi on le dit.
La miséricorde pour celui qui ne comprend pas encore.
Cette condition concerne celui qui comprend.
Quant à celui qui ne maîtrise pas encore la langue arabe ou le sens précis des formules, aucun reproche ne lui est adressé.
Allah سبحانه وتعالى dit :
لَا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا
« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. »
(Sourate al-Baqara, v. 286)
La récitation du dhikr reste pleinement valide, et son effet se manifeste par la barakah de la transmission, l’intention sincère et la régularité.
Avec le temps, Allah ouvre au disciple la compréhension et la saveur intérieure.
Le sens comme clé d’ouverture du cœur
Allah سبحانه وتعالى dit :
أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« N’est-ce pas par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ? »
(Sourate ar-Ra‘d, v. 28)
Cet apaisement est d’autant plus profond lorsque le dhikr est accompagné de :
- compréhension,
- présence,
- et sincérité.
Ainsi, le sens nourrit le cœur, tandis que la répétition nourrit la constance.
Dans la Tarîqah Tijâniyyah, ces deux dimensions marchent ensemble, sans excès ni négligence.
Conclusion
Se concentrer sur le sens des formules du dhikr, lorsque cela est possible, permet au disciple :
- de préserver la réalité vivante du rappel,
- d’éviter la distraction et l’automatisme,
- et d’approfondir son lien avec Allah.
Cette condition n’est pas une contrainte, mais une clé d’élévation intérieure, qui transforme la récitation en présence, et la présence en proximité.
